Par beau temps et avec une belle lumière matinale, on ne saurait passer à côté du plaisir simple d'une balade iodée sur ce sympathique sentier littoral aménagé de long de notre côte rocheuse (on regrettera simplement les tronçons manquants...).
La plage du Racou, à Argelès, marque la fin de la côte sableuse. Henri Matisse venait y planter son chevalet en compagnie d'Etienne Terrus ; comme plus tard Augustin Hanicotte, Louis Bausil, Martin Vivès et d'autres...
De suite après, avec les criques de Porteils, commence la côte rocheuse dite Côte Vermeille. Des hauteurs rocheuses, on peut contempler une succession de criques, de bouts de plages de galets entrecoupées de pointes et de caps, avec la mer et le ciel qui se disputent pour savoir qui sera du plus beau bleu, les Pyrénées qui se laissent glisser dans la Méditerranée, les dernières vignes au bout de la terre dont on se demande si le vin produit n'aura pas le goût de l'écume...
Les menaces redoutées pouvant venir de la mer, on trouvera aussi sur notre chemin quelques ouvrages fortifiés de différentes époques. Ainsi par exemple, à Collioure, à côté du Fort carré et du Fort rond (ou Fort de l'Etoile) du XVIIIème, au Pla de les Forques (où étaient installées les fourches patibulaires), émergent des asphodèles des blockhaus et autres ouvrages de défense construits par l'armée allemande durant l'occupation (1942-1944).
On trouve à Port-Vendres aussi, au lieu dit Les Batteries, de semblables constructions, bunkers, postes de guet, murs anti-tanks... Et sur la pointe du Cap Gros, les ruines du Fort de la Mauresque, érigé en 1848 pour protéger l'entrée du port... et ce petit bijou de crique de la Mauresque.
Après le phare du cap Béar, l'anse Sainte-Catherine, les plages d'En Valenti et d'En Bernardi, c'est la baie de Paulilles. Le site avait été choisi par Gambetta, ministre de la Guerre de la IIème République, pour y installer la dynamiterie Nobel, en 1870, destinée notamment à fournir ce nouvel armement aux armées françaises alors en guerre contre la Prusse. Loin du front de l'Est, c'est plus sûr, en bord de mer, tout près du port de Port-Vendres, c'est plus pratique pour le transport.
Avec une reconversion vers de nouveaux débouchés non militaires, la dynamiterie fonctionnera jusqu'en 1984. Après avoir échappé à plusieurs projets immobiliers, grâce à son classement en 1979 (et l'activisme d'associations...), la friche industrielle de 32 hectares devient propriété du Conservatoire du Littoral en 1998. Les travaux de réhabilitation et aménagements paysagers dureront dix ans, en partenariat avec le Conseil Départemental qui en assurera la gestion. En juin 2008, le site est ouvert au public.
Une belle réussite, il faut le dire, respectant un heureux équilibre entre espaces rendus à leur état naturel et quelques anciens bâtiments réhabilités (7 sur 32...), avec une petite salle muséographique et quelques "morceaux" de l'ancienne usine sobrement mis en scène sur les allées qui sillonnent le site, ici une cheminée, là un wagonnet, une bascule...
Et puis, il y a l'Atelier des Barques. Là, on peut voir d'habiles mestres d'aixa (charpentiers de marine) réaliser avec les bois de chênes, d'alzines (chênes verts) et pins de nos montagnes, des membrures, varangues, bordés... pour donner une deuxième vie à un sardinal ("barque catalane" ), un mourre de pouar (''museau de porc'') sétois - utilisé tant pour la pêche que pour les joutes...-, une barquette marseillaise, une nacelle ou une bette de l'Etang de Thau ou tout autre bateau traditionnel méditerranéen.
Dans le souci de respecter la mémoire ouvrière du site, il a été décidé de conserver au Cap Sud "son caractère de friche industrielle", avec des cuves, tuyaux et tunnels laissés en l'état...
Après Paulilles, l'adorable plage du Forat ("Trou"), une des toutes premières plages naturistes de notre côte, où d'heureux privilégiés ont pu conserver une maisonnette... et comme terminus du tronçon du sentier littoral, la plage des Elmes, première plage de Banyuls.
A Banyuls, on ne manquera pas d'aller admirer sur l'Illa Grossa, le monument aux Morts d'Aristide Maillol, même s'il s'agit en réalité d'une copie en bronze (l'original en pierre, endommagé par les éléments, a été déplacé sur la place Dina Verny, au centre du village).
Et en suivant, après le Laboratoire Arago, la plage du Troc, une petite plage de galets de moins de 50 mètres de long, bien cachée dans les rochers.
Après le ''phare solaire'' perché sur les falaises du cap Cerbère, on arrive au coll dels Belitres, avec son hideux monolithe franquiste et ses vestiges de la guerre, bunkers et tourelle de char. Autrement émouvant est le mémorial Walter Benjamin de Dani Karavan à Portbou...
Après Portbou, un camí de ronda (chemin de ronde) nous conduit de Colera et sa plage de Garbet jusqu'à Llançà, avec une succession de plages et de criques séparées par de petites pointes rocheuses, sur lesquelles on peut parfois s'étonner de trouver, là aussi, un bunker. Vestige de la ''ligne P'' construite tout au long des Pyrénées par l'armée de Franco entre 1939 et 1953 pour se défendre d'une éventuelle attaque des alliés. En arrivant à Llançà, sur la plage d'En Jordi, nos pas croisent les empreintes d'autres pas moulées dans le ciment. Empreintes d'un passé qu'on ne doit pas oublier, l'exil des républicains espagnols. Après le port, on montera tranquillement en haut de la butte de l'ancien îlot du Castellar, pour profiter de la vue qui nous est offerte, avec en prime, deux œuvres de l'artiste - et ancien pêcheur - Carles Bros : "Al nostre peix, als notres pescadors" et "Banc de Peix" ("À notre poisson, à nos pêcheurs" et "Banc de Poisson").