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Chapitre VII — Châteaux en Pays Cathare

Aujourd'hui, ce serait presque une nouvelle hérésie que de parler de châteaux cathares. On le sait, les Cathares ne vivaient pas dans des châteaux, plutôt dans des bourgs fortifiés, des castrums, places fortes auxquelles étaient adossées les habitations de la population civile.

Et ces ''castrums cathares'' furent pratiquement tous rasés à l'issue de la Croisade contre les Albigeois. Le pouvoir royal fera bâtir sur leurs emplacements de nouvelles citadelles pour assurer sa défense contre le royaume d'Aragon. Ce sont leurs ruines que nous voyons aujourd'hui. 

Par ailleurs, le rôle des castrums primitifs durant l'épopée cathare n'eut pas la même importance pour tous.

Le plus connu est incontestablement celui de Montségur que son destin tragique rendit célèbre : C'est là que l'Eglise des hérétique s'était réfugiée et avait installé son siège. C'est de là qu'en 1242 partirent ceux qui tuèrent les inquisiteurs à Avignonet, provocant la décision de son siège par le roi de France. Ce siège dura onze mois de mai 1243 à mars 1244. Les Cathares vaincus et contraints de se rendre, refuseront de renier leur foi et choisiront de périr sur le bûcher. Le castrum sera rasé et le roi fera construire un nouveau château, celui que l'on connaît (ou ce qu'il en reste...).

Toujours en Ariège et tout près de Montségur, se dresse le château de Roquefixade dont les seigneurs étaient alliés aux comtes de Toulouse et de Foix. En 1278, toutefois, il fut acheté par le roi qui procédera à un remaniement de ses fortifications.

La plupart des autres châteaux sont dans l'Aude.

Les seigneurs du castrum de Termes étaient de puissants vassaux de Trencavel, ce qui en faisait une cible prioritaire pour Simon de Montfort. Il l’assiégea dès 1210. Ce n'est qu'à la faveur d'une dysenterie (provoquée par une contamination de la citerne) mettant hors de combat les assiégés, qu'il put s'emparer de ce lieu symbolique autant que stratégique. Raymond de Termes fut emprisonné à Carcassonne où il décéda. Son fils, Olivier de Termes, reprendra le château mais ce sera très bref et il devra à nouveau le céder au roi de France en 1228. Il sera re-fortifié et le village déplacé en contrebas.

Dépossédé de son château familial, Olivier de Termes, fit d’Aguilar sa résidence principale d'où il soutint la révolte de Raymond Trencavel. Après le siège de Carcassonne en 1240 qui mit fin à la tentative de reconquête, il signa la reddition de son castrum d’Aguilar. Puis, faisant un surprenant volte-face, il se rallia au roi Louis IX, et devint l’un de ses fidèles chevaliers et l’un des plus puissants soutiens de l’Eglise catholique. En 1261, il vendit définitivement Aguilar (qui lui avait été restitué en remerciement) à la couronne de France pour financer sa deuxième croisade.

Celui de Quéribus a été, comme Puilaurens, un dernier refuge pour les seigneurs faydits et les hérétiques. Il sera aussi le dernier bastion à tomber aux mains des Croisés en 1255, onze ans après Montségur. Les architectes royaux transformeront le château pour améliorer son efficacité défensive.

C'est l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa qui détenait le castrum de Puèg Laurenç (Puilaurens), l'église et un ouvrage fortifié, qu'elle avait fondé au Xème siècle. Il a servi de refuge temporaire à quelques seigneurs faydits, mais sans occuper de position stratégique particulière, une base-arrière, éloignée des combats. Ce qui explique qu'il soit resté le mieux conservé. D'autant que Saint-Louis, qui en prit possession en 1255 en même temps que Quéribus, le fit pareillement re-fortifier.

Au XIIème siècle, le premier château féodal de Peyrepertuse comprenait un ouvrage défensif et une église. Il n'a pas non plus joué un grand rôle pendant la Croisade. En 1240, il devint possession du roi de France, qui en fit une pièce maîtresse de sa ligne de défense face à l'Aragon, un fleuron de l'architecture militaire médiévale et le symbole de la puissance du royaume de France. 

Quéribus, Termes, Aguilar, Puylaurens et Peyrepertuse : on a appelé ces cinq forteresses les ''cinq fils de Carcassonne''. Elles constituaient le cœur du système de défense royal avec Carcassonne comme place principale.

Cependant, d'autres forteresses dispersés sur la ligne de front, les aidèrent à résister aux offensives aragonaises. 

Le site des ''Châteaux de Lastours'', lors de la croisade contre les Albigeois, comptait trois forteresses : Cabaret, Surdespine et Quertinheux, et un village médiéval, le "Castrum de Cabaret". Dès 1209, Simon de Montfort assiégea ce site fréquenté par les évêques cathares du Carcassès. Entre 1229 et 1238, les seigneurs du lieu, après avoir longtemps résisté, perdirent leurs châteaux. Vers 1240, Le village primitif était rasé. Le roi de France fit renforcer les fortifications des trois châteaux féodaux et ériger la Tour Régine, symbole du pouvoir royal.

Le château de Padern n'a fait qu'abriter quelques chevaliers comme Chabert de Barbera ou Guillaume de Peyrepertuse. Du château médiéval, il ne reste rien. L'édifice actuel correspond à une construction du XVIIème siècle.

En 1210, le château de Puivert subit un siège de trois jours par l'armée de Thomas Pons de Bruyère, lieutenant de Simon de Montfort, et devint une possession du royaume. Au début du XIVème siècle, Thomas de Bruyère, le petit-fils de Thomas Pons, et son épouse Isabelle de Melun firent construire un nouveau château, à l'est du Castèl vièlh.

A la fin du XIIème siècle, Bertrand de Saissac, un des grands vassaux des Trencavel, était connu pour être un protecteur des hérétiques (et aussi des troubadours...). Dès le début de la Croisade, les seigneurs de Saissac livrent le château à Simon de Montfort par peur de représailles de la part des armées croisées. Leurs biens seront dispersés après l’échec de la campagne de reconquête de 1240. Le village primitif situé en contrebas du château sera abandonné au profit de l'emplacement actuel au-dessus de la forteresse.

En tout cas, même si elles ne sont pas ''cathares'', ces forteresses valent le déplacement. C'est impressionnant de voir ces sentinelles dressées sur leurs pitons rocheux, leurs épaisses murailles se confondant avec la montagne dont elles épousent les reliefs accidentés, dominant un vaste territoire s'étendant des Corbières aux plaines roussillonnaises jusqu'au balcon des Pyrénées.